D’un hôtel l’autre

novembre 17, 2008

Polluxx pense qu’elle est “pas vraie cette tignasse”. Une vraie tignasse de call-girl. Pas une call-gril haut de gamme, qui te donne l’impression qu’elle sait faire des trucs et des machins aussi dingues, révolutionnaires et acrobatiques que la “pas encore regrettée” Nadia Comaneci. Plutôt une fille paumée originaire de l’Oklahoma qui vient d’atterrir à Las Vegas, avec pour seule monnaie son arrière-boutique et ses deux grelots de devant.

Elle dit à Polluxx : “En fait, je travaille dans la com. Enfin, pas tout à fait, mais c’est tout comme.” Et elle glousse. Marrante, hein ? “Sois plus précise : dans la communication, le marketing, l’événementiel ?” Il ne va pas la laisser répondre ce con, tu penses : “La communication, c’est comme les blogs, ça a au moins un aspect pratique….ça te donne le semblant de vie sociale que tu n’as pas”…hihihi, Polluxx glousse aussi quand il le faut. “Avec tes collègues, tu déconnes, tu commandes des pizzas sans matières grasses. Pendant les charrettes, tu pionces dans le lit de l’un, dans celui de l’autre (enfin, dans leurs lits d’hôtel), parfois même, si la soirée a été bien arrosée, tu t’abandonnes, tu broutes le gazon de ta voisine de bureau, devant l’un et l’autre. Le lendemain matin, t’as un peu honte, et puis surtout, t’espères que l’un n’a pas filmé le truc pour inonder avec l’autre tout internet…”

“Le goût de vomi qui gigote dans ta bouche, le remugle de la veille qui rebondit à l’intérieur de ton colon martyrisé, tu te dis que la vie n’est pas facile. Tu penses que demain peut-être des milliers d’internautes prépubères s’astiqueront le manche devant leur écran, devant la réprésentation hachée-webcam de toi et de ta copine, l’une emmanchée dans l’autre”

Heureusement que Polluxx est là ! “Vas-y, pose ta tête sur mon épaule. Pleure un bon coup, ça ira mieux ensuite, j’ai réservé une suite d’enfer dans ce taudis.”

Carnage Olive

novembre 3, 2008

Polluxx sirote un verre de Martini blanc, au milieu duquel flotte une olive triste et résistante. Ses lèvres vont et viennent à l’extrémité du verre, parcimonieusement, il recueille un mince filet de liquide alcoolisé qui nage ensuite dans sa bouche et dégringole dans le fond de sa gorge. Son appartement n’est éclairé que par les Lumières terribles et protéiformes de son BeoCenter.

A l’intérieur du tube, BHL parle en 5.1 de son dernier livre correspondance, coécrit avec son compagnon d’infortune, Michel Houellebecq. Tous sujets abordés : les désordres du monde, la littérature petite et grande, la critique littéraire, la meute de loups rêvant de se repaître de leur peau, la Bosnie et la Tchétchénie, Ségolène Royal, le prix de l’essence, les putes russes, ukrainiennes et thaïlandaises, le temps qui n’est plus ce qu’il était, le sens du mot “citoyen”, du bien fondé de payer ses impôts. Polluxx se sent comme un baigneur égaré dans une piscine d’huiles essentielles.

Et soudain, c’est la révélation. D’un bond, Polluxx se dresse sur ses deux jambes, renverse son verre, dont l’olive s’échappe et roule sous la table basse en ébène du salon. BHL est un blogueur !

Comment s’étonner ensuite que la majorité des blogueurs rêve de devenir écrivain ?