T’avais 28 ans. Tassés ? C’était la 1ère fois que tu tripotais un minou, c’était la révolution. La révolution partout, dans ton calbute I’m a Porn Star, la révolution en gelée translucide dégueulant sur ta main. Elle avait le minou qui ne sentait pas la rose, voire même, qui sentait presque les excréments, mais tu te serais mis le nez dedans si elle t’avait laissé faire. Bizarre cette nana, elle te laissait la lui mettre dans le cul, puis dans la bouche, à nouveau dans le cul, re-la-bouche, inlassablement (enfin, aussi lassablement que le permettait ton endurance-dégorgement) mais elle refusait absolument que tu fourres ta langue dans son immaculé Zara Home !

Aujourd’hui, t’as 40 ans ? Tassés ? Et tu n’as plus jamais revu ce minou malodorant. C’est un trésor-souvenir excavé par des pilleurs de tombes. Son minou est exposé à ce jour au British Museum. Entre une momie et une tunique motif écossais en latex signée Vivienne Westwood. Un petit projecteur l’éclaire et lui offre une teinte défraîchie (la teinte d’un Vermeer). Et parfois, tu te réveilles, gluant de sueur, bite collée à l’oreiller, le goût illusoire, jamais connu, de son con, dansant sur tes papilles. Un goût (Pollux s’insère ici pour le rappeler) qui te sera à jamais étranger (à mons de braver la sécurité du Rosbif Museum ; bonne chance !)

Tu n’as plus jamais revu de minou en fait. C’est pour cette raison qu’il y a plein de photos de filles à poil sur ton blog ? Tu t’astiques doucereusement devant ton placard 2.0, troqué au prêteur sur gages de la postérité. A chacun son Mont de Piété, chuchote Polluxx, de passage en Angleterre, dans l’oreille velue du minou retrouvé.

Réprimant un bâillement sournois, Polluxx pianote dans un troquet assaini, sur son portable Sony Vaio Z21WN/B 13,1’’ TFT 3G+, doté d’un processeur Intel Core 2 Duo P9500, d’un disque dur 250 GO et d’une RAM boostée à hauteur de 8 GO. Une Rolls pour ses doigts délicats, ses ongles droits et manucurés. Malgré le bannissement de la pourriture organique humaine, la salle pue les odeurs d’antan, qui se sont incrustées partout et perdureront tant que le monde sera monde, c’est à dire, tant qu’il y aura des troquets dignes de ce nom contre laquelle toute javel, même industrielle, sera inefficace.

La Rolls, Wifi-poudrière, ça ne s’arrange pas, constate-t-il, page après page, c’est la même merde, les mêmes nombrils. Les mêmes ganaches qui copulent avec les mêmes listes de bouquins-cautions, les mêmes loisirs débiles. Il sourit. « Dans tout monde, pense-t-il, il y a une genèse, et un être qui actionne toutes les manettes. Et un réprouvé aux cheveux blonds qu’on balance aux chiottes de la gloire. Dans tout monde, il y a une apocalypse, une destruction programmée ».

Une gonzesse pas terrible mais plutôt bandante reluque l’écran par dessus son épaule. Quand il se retourne, il n’évite pas ses deux petits yeux, trop proches l’un de l’autre (même s’il en cherche l’espace un instant). « Vous êtes blogueur », dit-elle à Polluxx, qui lui répond : « oui, comme tout le monde ». Après un silence, un minauderie sans doute, baissant la voix, elle ajoute : « oh non, pas moi, je ne saurais pas, je n’ai pas de talent, je préfère laisser cela à d’autres…et vous faites…heu, vous écrivez quoi ? ».

Polluxx caresse le visage de cette pépée abandonnée. Il avale une gorgée de son Vittel-menthe puis souffle son haleine dans sa direction. Il dit : « nonobstant l’envie que j’ai de te baiser là, tout de suite, sur la table (ce qui se fera tôt ou tard), je veux bien au moins te dire ce que je fais. Comme dans tout monde, il y a une genèse et un être qui actionne toutes les manettes. Et un réprouvé aux cheveux blonds qu’on balance aux chiottes de la gloire. Je suis celui-là, je suis l’antéchrist de la blogosphère ».