Faire péter la CB
novembre 14, 2008
Jumping the shark. Connaissez-vous l’expression ? Il paraît que ça vient de la série « Happy Days ». A un moment, Fonzie, sur ski nautique, saute au dessus d’un requin dans une piscine, on dit qu’à cet instant, la série n’a plus été la même. Elle a entamé son lent déclin, pour disparaître. L’expression, Jumping the shark, est restée. Elle désigne la scène clef d’une série télé où les carottes sont cuites, la séquence de trop, le début de la fin.
Pour le Tronçonneur des blogs, j’ai mon idée sur quand il a sauté au dessus du requin.
Dire du mal des blogs connus, c’est un bon filon. Les blogs connus, il y en a peu. Les blogs obscurs, il y en a une putain de tripotée, ça déborde, quelle fosse sceptique. Mathématiquement, c’est une bonne idée de dézinguer les blogs connus. Ils sont dix, les autres, des milliers. Tu imagines, tu prends la défense des dix blogs connus, tu dis que les autres, c’est de la merde, des putains d’anonymes, tu imagines les amis que tu te fais ? Les dix blogueurs connus te snobent, car tu es obscur bien sûr, les milliers d’autres te traitent de connard, suicide social. Non, tu investis alors bien sagement dans le cassage de blogs célèbres, paparrazi 2.0, capital pas risque, médiocrité power.
Le Tronçonneur des blogs sait tourner ses phrases. Il scande, il martèle. Comme une sorte de prophète, un Tariq Ramadan du web, il dit du mal de Maitre Eolas ou Embruns, toujours les mêmes qu’il pioche avec la dévotion du pauvre dans le who’s who des blogs. Ca n’a pas vraiment de sens. Ce n’est pas vraiment réel, c’est comme un poème. C’est infusé. Narcissisme, vénalité, orgie, lobbying. Tête à couper. Désirs de révolutions. Les fans obscurs sont d’accord. Ils sont dix à être célèbres, et nous à ne pas l’être, alors les fans obscurs jubilent, ils dégueulent, non pas sur la célébrité, intouchable, précieuse, convoitée, mais sur les chanceux qui la goûtent – à leur place. On a beau être obscur, on est pas plus con qu’un autre.
La voilà, la routine. Tu mets une bannière « blogueur certifié non influent », pour dire que tu es fier d’être une ombre, et que toi tu n’es pas prétentieux, tu parles juste de ta vie d’anonyme en toute simplicité et pas intéressé, l’œil constamment rivé sur blogit-express et les stats de visites, et tu es heureux d’être vengé, par un mec qui tronçonne. Le Zorro des zéros.
A un moment, le Tronçonneur a dû faire une crise de lucidité sur sa propre connerie. Il a dû se voir dans trente ans, quand les Eobrums et les Verlas auront disparu, il a dû se dire, putain, je vais crever, j’ai passé du temps à critiquer… des blogs. C’était ça, mon hobby. Il a dû, preuve de son intelligence, vouloir passer la vitesse supérieure. Construire, au lieu de détruire. La Positive Attitude.
Il a fait pété la CB. La Contre-Blogosphère. Il a sauté au dessus du requin si vous voulez. Il s’est dit : il y a trop de méchants et de mauvais blogs qui polluent les gentils blogueurs obscurs, ça suffit comme ça. Il est devenu une sorte de robin des bois du web, un instituteur engagé, un monsieur pièce jaune. La contre-blogosphère, comment dire, c’est l’alter-blogosphère, c’est une blogosphère de l’axe du bien, c’est une blogosphère différente, sans les vilains et le vénaux. Il ne manque que la chanson du vieux crevard de service, disons Renaud, pour la reprendre en chœur dans les écoles primaires. Ils ont même fait, à plusieurs, un putain de logo !
Ca consiste en quoi, exactement, la contre-blogosphère ? En rien, c’est un joli réseau de blogs, mais en négatif, en réaction. Etablir une charte. Oui, comme les clubs au collège, on dirait qu’on fait un mouvement, avec une charte, et un badge et des coutumes secrètes, et un langage codé pour échanger des messages dans les forêts. La CB, c’est produire du contenu intéressant, pas du contenu pas intéressant. Du contenu de qualité, comme des Quality Streets. C’est quoi la qualité ? Peut-être un comité de sages, qui tranche, qui analyse les blogs du monde entier pour dire : casher, pas casher. Quatre obscurs qui mettent leur logo digne d’une banlieue de RDA sur leurs blogs d’artistes, plus le tronçonneur, général dégommé de son armée fantôme.
L’essentiel, c’était d’en être. Contre ceux qui s’organisent en club, faire un anti-club. Un contre-club. Un club, quand même.
Il a dû se rendre compte, au final, qu’il tricotait du vent. Alors quoi ? Il va étendre son périmètre, car il y a tant de nouvelles choses à détester. Il n’y a pas que les blogs célèbres dans la vie. Il faut diversifier l’offre. A l’avenir ? Critiquer Star Academy, Loft Story 12, le prix Goncourt, Koh-Lanta ? Le nez perpétuellement plongé dans la merde adorable, à longueur de journée, si fascinante, indispensable. Surfer le buzz, snifer le buzz, cracher le buzz, faire du buzz. Petit chroniqueur impertinent du web, à la Stéphane Guillon.
La contre-blogosphère…
C’est là, je crois, qu’il a sauté le requin. Et franchement, je peux vous assurer que le requin, il a pas joui.
Ah, Castror est là, ça fait plaisir…
Bouh, ce blog du tronçonneur est d’un sanguinolent, je préfère les latitudes humides, moi, en bonne fleur sur le point d’éclore… C’est pour ça que je suis ici…
J’attends qu’on me cueille…
Fleur, vous êtes une vraie chaudasse !
Castror,
mon frère, je le dis, en vérité je le dis, tu parles vrai…tu brises mes illusions…
C’est vrai ça, Fleur, vous êtes une vraie chaudasse, vous avez un blog avec des photos de talons aiguilles, perso j’adore.
Polluxx : merci, pour la peine nous cueillerons la Fleur ensemble, qui ne restera pas muette longtemps, je peux te le dire.
raaaaa,
j’ai été regarder ça d’un peu plus près…
C’est bon, les commentaires sont meilleurs que tout ! J’adore les idiots plein d’illusions ; j’en suis un moi-même !
Note intéressante et juste. Je me lasse moins du pamphlet que de la critique des blogs.